Edito automnal en forme d’espoir malgré tout…

Les espoirs étaient rares en ce début d’automne marqué par les replis nationaux  dans les démocraties, le refus de laisser l’Aquarius œuvrer en Méditerranée, ou encore sur le front des conflits. Et puis survient, le 5 octobre, la décision du Comité Nobel de décerner le Prix Nobel de la Paix 2018 à Nadia Murad et Denis Mukwege « pour leurs efforts pour mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre ». L’une est irakienne, l’autre congolais. L’une a été victime de sévices inhumains et dégradants, l’autre a consacré sa vie à réparer les corps des femmes ayant subies ces violences inouïes. Nadia Murad a 25 ans. Elle est née et a vécu en Irak dans la région de Mossoul ; elle est également kurde et yézidie dans une région du monde en proie à la violence et dans laquelle on est encore trop souvent réduit à une appartenance communautaire au risque d’en perdre son humanité et toute singularité. Ses tortionnaires en ont fait en objet ; en s’enfuyant elle a refusé le silence et a choisi de porter sa voix au nom de toutes celles qui n’ont pas pu et ne peuvent pas le faire. Son cri et sa mobilisation ont une portée universelle et rejoignent les combats que d’autres, femmes ou hommes mènent à travers le monde comme Denis Mukwege. Ce gynécologue congolais de 63 ans aurait pu choisir une carrière de médecin bien plus tranquille. Mais il a fait de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes sur les terrains de guerre son combat. En réparant les corps, il répare une humanité meurtrie.

Il n’est pas nouveau que les femmes soient « objétisées » en temps de guerre : butin livré en pâture aux soldats, violées pour marquer génétiquement les vaincus, ou humiliées pour affirmer la force des vainqueurs. Cependant, nous aurions pu espérer qu’en ce XXIème siècle ces comportements soient restés dans l’ombre de l’archaïsme. Force est de constater qu’il n’en est rien. L’imagination humaine pour se détruire reste sans limite. Le Protocole d’Istanbul ne nous dit pas autre chose, mais il propose que le droit, l’humanité et la raison soient des réponses à la barbarie, réponses que Passerelles Buissonnières s’emploie à faire vivre sur le terrain. Les femmes en exil que nous accompagnons chaque jour ont, malgré leurs vécus, cette force que nous retrouvons dans les combats que mènent Nadia Murad et de Denis Mukwege. Cette mise en lumière d’une résistance nécessaire face aux violences sexuelles faites aux femmes ne peut que nous encourager collectivement à œuvrer pour la dignité de toutes, pour le droit de pouvoir panser ses plaies physiques et morales à l’abri des violences, pour le droit de chacune à se choisir son destin.

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