Il en est parfois des débats comme des tisonniers

Un débat sur l’immigration s’est tenu le 25 septembre 2019 à l’Assemblée nationale et des propositions, qui en découlent, ont été annoncées le 5 novembre 2019, portant notamment sur la restriction de l’accès aux soins des demandeurs d’asile. Ce nouveau temps politique a comme effet d’attiser les divisions et la suspicion, et porte en lui le risque d’accroître encore les replis nationalistes, au détriment des valeurs qui sont les nôtres. La réflexion et l’objectivité sont ainsi abandonnées au profit de l’anathème ou de discours souvent réducteurs voire fallacieux comme en témoignent les débats autour de l’AME.

Qu’est-ce que l’immigration aujourd’hui, de qui et de quoi parle-t-on ? Quelles singularités se cachent derrière les statistiques et les images chocs ?

A PasserElles Buissonnières, au quotidien, nous cheminons ensemble, femmes d’ici et d’ailleurs, femmes d’ici originaires d’ailleurs, femmes d’ici depuis toujours, femmes d’ailleurs sans racine encore. Lister ce qui nous rassemble et nous fait ressemblantes permet en filigrane de voir ce qui nous différencie sans nous séparer. Les femmes de PasserElles Buissonnières sont dignes et si elles plient parfois sous le poids des difficultés, jamais elles ne rompent. Certaines ont des enfants d’autres pas. Certaines ont leurs enfants avec elles et d’autres en sont séparées. Certaines traversent ou ont traversé des maladies : cancers, dépressions, maladies chroniques… Certaines sont en couple d’autres seules. Certaines ont subi ou subissent des violences de la part de leur conjoint, d’autres vivent une relation harmonieuse. Les femmes que nous côtoyons souffrent d’isolement. Pour beaucoup aussi, de précarité économique et de mal-logement. Avant d’être d’ici ou d’ailleurs, les femmes de PasserElles Buissonnières sont… des femmes bien ordinaires.

Rachida a grandi en France avant que ses parents ne décident d’un retour au pays. Ses frères et sœurs, plus jeunes, et de ce fait de nationalité française, sont revenus vivre au pays de leur enfance à leur majorité. Elle est considérée comme une primo-arrivante lorsqu’elle décide à son tour de revenir vivre ici.

Où situer Rachida dans le débat migratoire ?

Zelia est arrivée d’Afrique après avoir subi de multiples violences. Chaque nuit, les visages de ses bourreaux lui reviennent. Elle a laissé au pays son mari et son fils, le premier en prison et le second avec sa mère malade. A son arrivée en France, elle n’a pas obtenu de place dans un foyer pour demandeur d’asile. Elle a fait seule sa demande, sans aucune maîtrise de la langue française, en dormant à la rue, en novembre, à Paris. Sa demande a été rejetée.

Zelia : légitime ? Illégitime ?

Nous pourrions décliner un inventaire à la Prévert de parcours singuliers qui émouvront celles et ceux qui peuvent l’être et ne seront pour les autres que des exemples isolés ne rendant pas compte de la réalité globale.

Le débat migratoire s’inscrit dans une réalité historique, économique, géopolitique et écologique, et il prend place dans un contexte mondial et local. Chaque mot en appelle un autre créant finalement une myriade de pelotes ou un grand sac de nœuds selon la manière d’aborder les choses. Il est à craindre que nous soyons empêtrés dans le sac de nœuds. Les débats d’aujourd’hui, à tirer tous les fils de manière désordonnée, risque de n’aboutir qu’à bloquer un peu plus les choses. Il risque également d’élargir les fossés que d’autres ont déjà commencé à creuser depuis plus de trente ans, en fabriquant avec la figure de l’étranger, de l’immigré le bouc émissaire idéal pour masquer les fractures sociales de notre société. Une telle attitude est dangereuse, les fils ainsi noués pourraient bien devenir un mousqueton de plus sur la paroi de la haine.

Partagez

Les commentaires sont fermés