Nos voeux pour 2019 : dignité, respect des droits et solidarité

A l’entrée dans l’année nouvelle, nous avons cherché les notes d’espérance qui nous permettraient d’ouvrir cet édito…

L’horizon européen s’assombrit à mesure que grandissent les nationalismes. Le bateau qui erre depuis maintenant plusieurs jours en Méditerranée avec à son bord 49 rescapés, parmi lesquels des enfants, illustre l’incapacité politique de l’Europe et sa faillite morale, tout autant que sa désunion. L’Europe, voulue par ses fondateurs comme un instrument de paix ne porte plus l’espérance en ce début d’année, et c’est pourtant incontestablement par elle que devrait survenir des décisions renforçant la solidarité des citoyens entre eux et à l’égard de celles et ceux qui frappent à nos portes.

Au niveau national, si l’on reste dans le champ de la migration, le 1er janvier marque le début de l’application de plusieurs mesures de la loi de septembre 2018 relative à « une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie ». Là encore l’espérance manque à l’appel tant les dispositions répressives et suspicieuses étouffent les quelques avancées de cette loi. A compter de ce mois, les ressorts des Cours administratives d’appel de Lyon, Nancy et Strasbourg ont été choisis pour tester les visio-audiences devant la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA).

Ce n’est là qu’un des aspects terrifiants de cette nouvelle loi : demain, l’étranger qui craint pour sa liberté ou sa vie, devra énoncer les faits qui l’ont contraint à l’exil, les tortures et autres sévices dont il a été victime, face à un écran de télévision qui le séparera de ses juges. Les mots sont de peu de secours face à l’indicible et c’est souvent au détour d’un regard où affleurent tout juste des larmes, de tremblements presque imperceptibles, de mains qui se tordent de trop de douleurs, de corps sidérés par la violence et l’humiliation que l’on peut saisir la puissance du mal subi. Autant d’éléments qui ne sauraient être transmis par le filtre de l’écran.

La loi elle-même dit son doute puisque dans le même article, elle prévoit l’alternative à la visio-audience. Non pas une alternative répondant à tel ou tel cas de figure, non une alternative pleine et entière, un choix simple : la visio-audience OU l’audience foraine qui voit les juges se déplacer en région.

Là réside donc notre espérance pour ce début d’année 2019, aussi faible que la lueur sur laquelle nous continuerons de veiller assidûment pour que perdure en Europe un droit d’asile digne de ce nom :

le retrait de la visio-audience et l’application du second alinéa de l’article L.733-1 du CESEDA.

A chacune et à chacun d’entre vous, nous souhaitons dans ce début d’année marqué par le recul des droits et de l’espérance, de trouver les ressorts de la solidarité, l’énergie de la fraternité et la beauté de la liberté.

Meilleurs vœux à toutes et tous !

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