Le 7 mai 2026, nous recevons la maman de R., une petite fille de bientôt 3 ans. Elles vivent toutes deux dans un foyer d’accueil d’urgence. Toutes deux sont réfugiées, Madame est enceinte de son deuxième enfant. Elle a reçu une proposition de logement, qu’elle a acceptée. Malheureusement son dossier n’a pas été retenu parce que son attestation de prolongation d’instruction de droits (API) délivrée par l’ANEF n’a pas été renouvelée dans les temps. Madame était déçue car le logement lui plaisait beaucoup et elle se réjouissait de quitter le foyer pour avoir enfin un « chez elle » avec sa fille, juste avant sa première rentrée scolaire.
Une seconde proposition de logement est faite à Madame, qui l’accepte. Mais son dossier n’ayant pas été clôturé sur la première proposition, son acceptation pour le second logement ne peut être prise en compte… On lui demande alors de refuser la première proposition pour débloquer la seconde. Madame exprime donc un refus… du logement dans lequel elle se projetait.
Sa candidature pour le second logement n’est finalement pas retenue (trois candidatures sont présélectionnées et une seule est retenue).
Une troisième proposition de logement lui est faite. Pour la première fois, Madame ne parvient pas à s’imaginer dans ce logement dont « le salon ressemble à un couloir ». Elle refuse. Et là, on explique à Madame que si elle maintient son refus, comme c’est un deuxième refus, elle ne sera plus considérée comme prioritaire…
En 2019, puis en 2022, la défenseure de Droits Claire Hédon constatait et alertait sur les difficultés inhérentes au développement accéléré de la dématérialisation des services publics dans deux rapports. Ces effets nous les vivons quotidiennement à PasserElles Buissonnières avec les femmes que nous accompagnons. Perte d’autonomie, ruptures de droits, froideurs des machines face aux dysfonctionnements, déshumanisation des rapports aux agents de service public et violence des décisions constituent les principaux écueils auxquels nous nous heurtons. Parmi les procédures dématérialisées celles passant par l’ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France) sont celles qui impactent le plus les femmes exilées que nous accompagnons.
Le 5 mai 2026, le Conseil d’État a enjoint l’État français de corriger les dysfonctionnements de l’ANEF dans un délai de douze mois…